04 octobre 2007

Un Martien, ça repart !

J’avais promis.

J’avais promis un petit compte-rendu du Spectre Film Festival de Strasbourg. Une semaine de bonnes vieilles kitcheries SF de derrière les fagots. Un pur bonheur.

C’était il y a trois semaines. P’tain, trois semaines. Suis à la bourre. En même temps, vu l’importance capitale que va revêtir cette note…

Non, en vérité cette note est importante parce qu’elle est dédiée. Et plutôt deux fois qu’une.

A ma frangine, grande emmerdeuse devant l’Eternel, qui connaît sur le bout de ses dix petits doigts l’intégrale du catalogue des films de la Hammer, qui peut citer dans l’ordre chronologique tous les films de Frankenstein avec Boris Karloff (que, petite, elle aimait en secret, mais chut, faut pas l’ dire !), et qui peut chanter intégralement le générique du Flash [a-aaaaaaaaah] Gordon de 1980 en grattant une guitare imaginaire. Laulau, ma grande, cette note est pour toi (clin d’œil complice et sourire ultrabright) !

A la Femme dans le jardin, parce que j’imagine qu’elle aurait aimé la toute petite salle obscure, l’ambiance d’amateurs éclairés, les bizarreries cinématographiques. Et qu’elle se serait bien marrée. Et qu’on en aurait ri ensemble jusqu’à pas-d’heure…

Mais trêve de considérations personnelles. Revenons-en à nos revenants.

Parce qu’on a commencé par ça. Des morts ramenés à la vie par des extra-terrestres baba-cools, venus sur Terre zigouiller les affreux vivants, qui sont tellement cons qu’ils risquent bien de détruire l’univers. Ne riez pas, c’est très sérieux (un peu trop, même). Le film s’appelle Plan 9 from Outer Space, et il est signé… Ed Wood. PLAN_9_FROM_OUTER_SPACE

Bin oui, ne faîtes pas ces mines étonnées, qui à part lui pouvait oser une telle bouillie ? Et là, c’est du Ed Wood dans toute sa splendeur ! Effets spéciaux à deux balles (de base-ball), soucoupes volantes tenues par des ficelles tellement grosses qu’on ne voit qu’elles à l’écran, extra-terrestres en collant parfaitement ridicules, acteurs de quinzième zone qui font ce qu’ils peuvent, décors improbables, plans mal serrés… Il ne manque rien. Pas même les bruitages à mourir de rire et les dialogues débiles, du genre :

L’alien : « Avec le danger que représente votre bombe à neutrons, vous allez détruire l’Univers. Nous devons vous en empêcher !
Le colonel états-unien (avec la casquette de travers et l’air pénétré) : Je ne comprends pas. Qu’est-ce que vous dites ?
L’alien : Imaginez que votre bombe va libérer des milliers de particules qui vont faire fondre la matière et désorganiser les protons, les neutrons et les tartauthons contenus dans chaque atome de l’univers… Vous vous rendez compte ?!
Le colonel états-unien (avec la casquette de travers et l’air con) : Euh… Je… Je ne comprends pas. Qu’est-ce que vous DITES ?
L’alien (légèrement exaspéré) : Ah… Bon, alors, imagine que t’as une flaque d’essence d’un côté, et une boule de feu de l’autre – ça va là, tu suis ? – et que tout d’un coup, pouf ! La boule de feu, elle tombe sur la flaque de gasoil… Et là, boum ! Et après, a pu d’univers ! Toi y en a comprendre ce que moi dire maint’nant (GRAND CON !!!) ?? »

Mémorable, vous dis-je.
Et un casting tout aussi inoubliable. Avec une Mireille Matthieu mort-vivante (qui a dit « pléonasme » ?), la transparente Vampira, et un Bela Lugosi subclaquant (qui n’a d’ailleurs pas pu finir le film pour cause de décès intempestif) qui auto-parodie bien involontairement son cher Dracula. Pour autant, ne cherchez pas : les vampires, c’est bien la seule chose qu’il n’y a pas dans ce… hum… film.
« Film », je ne sais pas. Mais « culte », assurément.

Et pis c’est beau, l’Amérique triomphante. Avec son cinéma neutre et intimiste. Tenez, ça me rappelle l’excellent La guerre des mondes. La version de 1952, hein, pas celle avec l’alien scientologue Tom « Pouce » Cruise (ça, c’était plutôt « Rencontres du troisième sale type »). LA version originale. Avec ses Martiens kaléiodoscopiques qui s’enrhument pour un rien. Et le magnifique commentaire final de la voix off, avec d’héroïques tremolos dans chaque mot : « Après que tous les efforts que les hommes avaient pu tenter eurent échoué, les Martiens furent détruits et l’Humanité sauvée par ce que Dieu dans sa sagesse avait créé de plus infime sur cette Terre. » C’est émouvant comme une chanson d'Hervé Vilard.

Avouez qu’après une telle entrée en matière, il fallait poursuivre avec du lourd, du solide, du copieux. La deuxième soirée ne m’a pas déçu. LA soirée Space opera ! Avec un chef d’œuvre du genre : Star Crash. Finement sous-titré en français « Le choc des étoiles ».starcrash1_affiche2 Ce qui était mignon, c’était de voir Luigi Cozzi, le réalisateur (oui, parce qu’il était là ; pfoulala, y avait de ces stars au festival !!!), essayer de justifier son film, d’implorer notre bienveillance, d’excuser ces impardonnables fautes de goût fixées sur pellicule. Il en était touchant. C’est vrai que Star Crash est au space opera ce que Le Roi Soleil est à la comédie musicale. Cozzi voulait faire un film impressionniste, mais les exigences de son producteur en ont fait un film…euh… impressionnant. Là aussi, on frise le bouillon de culture. Pillant allègrement de maigres idées du côté de La guerre des étoiles, des prétentions esthétiques chez Barbarella et d’épouvantables effets spéciaux au maître Ray Harryhausen, Cozzi nous a offert un « Sinbad sur Mars » à côté duquel La folle histoire de l’espace est un film intello.
Ce qui m’a fasciné, ce sont les mises en pli choucroutesques des héros, le glabre et tout jeunot David Hasselhoff en tête. Difficile, dès lors, de se concentrer sur le jeu habité de Christopher Plummer, la caution shakespearienne du film. Au deuxième plan également la plastique impeccable de l’ancienne James Bond girl Caroline Munro (L’espion qui m’aimait), caution américaine du film, au même titre que John Barry qui nous a torché une partition de messe du dimanche matin.
Et je ne sais que penser de la prestation hallucinée de Joe Spinell, LE Tony Gazzo des deux premiers Rocky, délirant méchant de space opérette.
Bref un film qui, dans son genre, fait définitivement partie de l’Histoire du cinéma.

Un peu comme ce gros lézard rigolo de Godzilla. invasionplanetexaffBin oui, y a pas de bon festival de SF sans un petit Godzilla. Celui de cette année s’intitule Invasion planète X, de l’inégalé Inoshiro Honda. Un petit bijou du genre. Rhââââ la danse de Godzilla !!! Un classique. Et j’avais oublié son haleine électrique et ses petits yeux vitreux de Casimir mal embouché. Dans le film, des Américains ressemblant méchamment à des Japonais réveillent Godzilla et Rodan (la dinde de l’espace) pour lutter contre un autre gros monstre, King Ghidora, qui fait au moins aussi peur qu’un Gorg de Fraggle Rock. Et comme ses Humains sont désespérément trop gentils, ils se font au passage empapaouter par des Martiens aux têtes de ventouse débouche-chiottes enfarinés. Du coup, voilà notre Godzilla et ses deux copains à nouveau obligés de ruiner bruyamment les jolies maquettes du décor, comme d’hab’. On sent que le type à l’intérieur du costume s’en donne à cœur-joie. Et Emmerich peut aller se rhabiller.

affiche_Homme_qui_retrecit_1957_1

98950_L_etrange_creature_du_lac_noir_Affiches

Le lendemain, c’était la soirée Jack Arnold, que j’ai eu le plaisir de partager avec mon amie Miss Ciguë. J’ai fait un petit dodo réparateur sur le pourtant excellent L’homme qui rétrécit, alors que ma camarade faisait de même sur L’étrange créature du lac noir, que nous avons pu visionner en 3D (on était mignons, tous, avec nos lunettes en carton sur le pif !). C’était quand même vaaaachement bien.

Planete_sauvageTHX_1138Pour finir en beauté, deux petits bijoux : La planète sauvage, de René Laloux (le papa des Maîtres du temps) et THX 1138 d’un petit jeune plein d’espoir : George Lucas. Les deux films ont certes un petit peu vieilli, mais le premier n’en demeure pas moins un beau dessin-animé, très inventif et poétique, comme on sait les faire en Europe quand on se casse un peu le… et qu’on ne cherche pas à faire comme les Etats-Uniens. Lesquels Etats-Uniens font quand même de très bonnes choses, comme ce premier film étrange et angoissant de George Lucas, THX 1138, où des robots dictent la vie d' Humains réduits à l'état d'esclaves, de leurs habitudes au moindre de leurs plaisirs. De là à ce qu’ils vérifient leur ADN…

Même si j’ai zappé les films que j’avais déjà vus (Soleil vert, New-York 1997, La planète des singes, Planète interdite, Flash Gordon), cette année fut un bon cru et m’aura permis, au fil de cette longue note, de me prendre pour le héros de mon enfance : Monsieur Schmoll présentant la Dernière séance.

La lumière revient déjà,

Et le film est terminé…

(sifflote)

creature

Posté par Dr Ffolkes à 14:16 - - Permalien [#]